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moins de lettres, sobre de diphtongues, évitant le choc des consonnes, comptant ses syllabes muettes ou lès perdant par l'élision , méthodique dans la construction de sa phrase , cadencé par des repos fixes, flattant l'oeil et l'oreille

par l'exactitude de ses rimes, le vers français est plus sage, plus limé, plus doux, plus majestueux : sa marche, un peu contrainte, en a plus de noblesse; toutes les grâces de la politesse française se déploient dans son élégance soignée ; c'est ou un beau fleuve qui épanche mollement ses ondes tranquilles ,

Th’uncurling floods, diffus'd In glassy breadth.

THOMSON, spring.

ou un ruisseau limpide qui murmure doucement sur un sable presqu'uni :

Thus a tamé spring, with wanton play

**

* Les flots applanis s'épanchent en une nappe de cristal. ** Ainsi un ruisseau docile, dans ses folâtres jeux,

Kisses the smiling banks and glides away.

COWLEY.

Marchant ou plutôt sautant par petits mots, hérissé de k, dr, de double s, RR's jar untuneful o'er the quiv'ring tongue, And serpent S with hissings spoils the song.

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DALACOURT, a prospect of poetry.

se

laissant ses quadruples consonnes heurter entr'elles, dissimulant avec peine ses syllabes muettes, mais libre dans sa marche, varié dans ses pauses, hardi dans ses inversions, fier de l'insouciance même de ses rimes, le vers anglais est plus vif, plus rapide, plus précis , plus énergique ; son harmonie est plus imitative , son rythme plus pittoresque ; l'anglais , même l'anglais aimable, a encore je ne sais quoi de farouche, de

sauvage. Sa poésie est un

*caresse la rive charmée, et glisse doucement.

** Les R se querellent désagréablement sur la langue

frémissante, et l's, ce serpent, gâte la poésie par ses sifflemens.

torrent qui tantôt roule avec fracas sur un gravier pierreux,

As when a torrent rolls with rapid force,
And dashes o'er the stones that stop the course. *

DRYDEN , Virgil.

et tantôt précipite dans les campagnes ses vagues turbulentes :

The rous'd

up

torrent pours along; Resistless, roaring, dreadful down it comes From the rude mountain, and the mossy wild, Tumbling thro’rocks abrupt, and sounding far.**

THOMSON, Winter.

Le vers français parle ; il plait , émeut, intéresse ; il raisonne, il soupire. Le vers anglais chante

il séduit , trouble , entraîne ; il gémit, il tonne.

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*Tel un torrent roule dans sa force rapide
et heurte les pierres qui arrêtent sa course.

** Le torrent s'élève, se précipite, irrésistible , rugissant, formidable , il descend des montagnes

arides et des déserts couverts de mousse tombant sur des rocs escarpés, et résonnant au loin.

L'un a plus de grâce, plus de finesse; l'autre a plus de vivacité, plus de piquant. La monotonie du premier peut tomber en langueur; la rapidité du second peut devenir fatigante.

Je crois voir ici une française jolie, aimable, modeste dans ses grâces cultivées, noble dans son maintien, spirituelle et touchante dans sa conversation, en un mot, charmante; et là une jeune anglaise, blonde, élancée, souple dans ses mouvemens, abandonnée à ses grâces naturelles, un peu sauvage même, enfin love-inspiring (1).

Mais ce caractère national des deux poésies , disparaît sous la plume des grands maîtres. Pope, quand il le veut, a la douceur, la correction, l'élégance de Racine. Corneille a toute la fierté, tout le sublime de Milton. Le génie et l'esprit parlent bien dans toutes les langues.

(1), Inspirant l'amour.

POÉSIE RIMÉE

ET NON RIMÉE.

Of many faults rhyme is perhaps the cause;
Too strict to rhyme we slight more useful laws.
But now that Phoebus and the sacred nine
With all their beams on our blest island shine,
Why should not we their ancient rights restore,
And be what Rome or Athens were before ?

ROSCOMON, on translated verse.

Il n'est point de peuple moderne qui n'ait eu cette ambition d'avoir une poésie prosodiée comme celle des grecs et des latins.

* De plusieurs fautes la rime est peut-être la cause : trop attachés à la rime nous négligeons de plus utiles

lois. Mais à présent qu'Apollon et les neufs sveurs déploient tous leurs rayons sur notre île fortunée , pourquoi ne leur rendrions – nous pas leurs anciens

droits,

et ne serions-nous pas ce qu'étaient Rome et Athènes?

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